Ils nous avaient habitués à une meilleure communication, chez Nespresso. Ils décident de déménager de Paudex à Lausanne, et rien n’en a transparu dans la presse. C’est plutôt bizarre, non? Même la mise à l’enquête s’est glissée dans la période de Noël (14 décembre-14 janvier), et a largement passé inaperçue.
Pourtant, le projet est prometteur. Nespresso doit s’installer au bord du lac à côté de Philip Morris, entre l’Avenue de Rhodanie et le Chemin des Plaines. 


Le site des architectes donne d’autres informations des plus alléchantes: quatre bâtiments qui émergent d’un magnifique jardin en terrasses surplombant le lac Léman. (…) Les façades biaisées des nouveaux bâtiments créent un jeu de reflets où ciel et parc se confondent sur les mêmes façades. (…) Cet espace semi-enterré est rythmé par des apports de lumière zénithale variée, comme celle du puits de lumière intérieure, des ouvertures sur le parc ou à travers les locaux adjacents à la circulation.
Peut-être que Nespresso n’était pas trop pressé que le public connaisse ce projet. Peut-être préférait-il même attendre la fin de la mise à l’enquête dans la discrétion. Le projet prévoit en effet de raser une centaine d’arbres du parc, dont certains d’âge vénérable, pour installer les quatre bâtiments dont vous venez de lire tant de bien.

Et puisque Lausanne devra s’intéresser prochainement à Nespresso, pourquoi ne pas essayer d’en brosser un rapide portrait?
Née en 1986, la compagnie Nespresso et ses petites capsules ont connu un succès modéré durant une dizaine d’années, avant que les choses s’accélèrent. En 2005, la société atteint 380 millions de chiffre d’affaire, 11% du marché du café en dosettes et deux milliards de capsules vendues. La presse, lorsqu’elle salue ces succès, insiste sur quelques aspects de la formule magique: un café de qualité facile à faire, des machines design à prix modestes, et surtout une promotion qui fait de Nespresso bien plus qu’un café: un mode de vie, incarné par George Clooney et les mannequins qu’il croise dans les publicités.
Ce mode de vie a bien sûr quelques petits défauts: Nespresso brade ses machines à café, mais il vend son café au prix fort (selon les rumeurs que j’ai entendue: 90 francs le kilo, soit environ cinq fois plus que le café en vrac). Les capsules ont été brévetées, de manière à ce qu’aucune autre société puisse fabriquer des dosettes compatibles avec les machines Nespresso. De plus, le café est conditionné dans du papier d’alu complété par une feuille de plastique, ce qui constitue un casse-tête pour le recyclage. Ces défauts sont suffisamment importants pour que Nespresso ait cherché à se racheter une conscience: son site insiste largement sur la norme AAA sustainable quality, ainsi que sur ses projets de recyclage. On y apprend que “recycler l’aluminium représente un gain d’énergie jusqu’à 95% par rapport à l’aluminium de première fusion”. Il y a toutefois peu de chances que consommer des capsules Nespresso apporte de grands gains écologiques: le programme de recyclage ne fonctionne qu’en Suisse, et seul 50% des capsules sont recyclées. Quant au programme AAA sustainable quality, il s’agit d’un programme élaboré par Nespresso lui-même, sur lequel ils donnent peu d’informations concrètes. Il est certifié par Rainforest Alliance, qui collabore aussi avec Chiquita et Kraft Foods notamment. Est-ce vraiment une garantie d’engagement écologique? L’environnement se porterait sans doute mieux si l’on remettait en question les petites capsules d’alu que l’on n’arrive pas à recycler. Mais cela contreviendrait au concept du “sustainable development”: accepter la surconsommation et l’objectif de la croissance à l’infini, pour chercher ensuite des remèdes à ses conséquences les plus directes…





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