Archives pour janvier 2008

Interpellation pour le respect de la loi sur les marchés publics

Pour tout marché public, l’application de la convention collective de la branche, s’il en existe une, est une réalité incontournable.

Contexte légal
L’Accord intercantonal sur les marchés publics (AIMP) du 25.12.1994/15.03.2001, ne s’applique aux offres dans les marchés de fournitures que si la valeur estimée atteint 383′000.- francs. Cet accord ouvre ces marchés aux soumissionnaires des états signataires de l’Accord GATT, accords gérés aujourd’hui dans le contexte de l’OMC. Dans les principes à respecter pour un soumissionnaire il y a une formule qui exige le « respect des dispositions relatives à la protection des travailleurs et aux conditions de travail ».
La Loi cantonale sur les marchés publics (LMP-VD) du 24.6.1996, concerne le canton, les communes et les intercommunales, les collectivités assumant des tâches communales et les organismes subventionnés à plus de 50%. Cette loi vaudoise, dans ses Principes généraux, reprend la même formule que l’AIMP, qui exige le « respect des dispositions relatives à la protection des travailleurs et aux conditions de travail ».
Le Règlement d’application de la loi (RLMP-VD) du 7.7.2004, indique clairement (art. 6 al. 2) que « L’adjudicateur s’assure que les soumissionnaires respectent les dispositions relatives à la protection des travailleurs et aux conditions de travail, ainsi que l’égalité de traitement entre hommes et femmes ».
Mais surtout le règlement précise (art. 6 al. 3): « Les conditions de travail sont celles fixées par les conventions collectives et les contrats-types de travail; en leur absence, ce sont les prescriptions usuelles de la branche professionnelle qui s’appliquent ». Sur demande « le soumissionnaire doit prouver qu’il respecte les dispositions relatives … aux conditions de travail ».
Le Règlement prévoit (art. 25 al. 1) l’établissement de « listes permanentes de soumissionnaires qualifiés pour faciliter le contrôle des preuves ». Pour être sur ces listes (art. 26 al. 2.b), un soumissionnaire doit « appliquer la convention collective de travail en vigueur dans la branche concernée, pour autant qu’il en existe une ». Le fait d’être sur une liste facilite le contrôle mais ne donne aucune priorité pour soumissionner.

Contexte historique
En 1999, Daniel Kaufmann, directeur des Presses centrales, était membre de la délégation patronale de négociation de la Convention collective qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2000. En juin 2000, Daniel Kaufmann démissionne les PCL de l’association patronale de la branche graphique Viscom et annonce sa sortie de la CCT. Malgré une pétition signée par 93 salariés, malgré les propositions d’adhérer à la CCT par l’intermédiaire de l’Office professionnel de la branche si le différend était avec l’association patronale, malgré les propositions du syndicat de négocier un contrat collectif d’entreprise, malgré les actions menées, malgré la résolution du Conseil communal, Daniel Kaufmann et les Presses centrales n’ont plus jamais voulu entrer en matière avec le syndicat de la branche pour négocier les conditions de travail dans leur entreprise.

Formellement, c’est depuis le 31 décembre 2004, date échéance de la CCT, que les travailleurs/euses des Presses centrales n’y sont plus soumis. Dès le 1er janvier 2003, la direction a négocié un contrat-cadre interne avec la commission du personnel. Selon la Loi sur le travail, ce contrat cadre ne peut remplacer une CCT et ne pourrait jamais traiter des éléments qui se trouvent usuellement dans la CCT de la branche. Ce contrat-cadre avait comme date d’échéance le 31 décembre 2006, il a été reconduit pour 2 ans sans négociations.

D’autre part, l’imprimerie Genoud n’est plus soumise à aucune CCT depuis l’expiration de la Convention professionnelle USL-IGS en 1995. Les conditions de travail y sont régies par un règlement d’entreprise négocié avec des représentants des différents secteurs. Il ne respecte pas non plus les dispositions de la loi.

Développement
Le 20 mars 2001, une interpellation avait été déposée et deux résolutions votées à une large majorité. Le texte de l’une d’entre-elles est le suivant :
« Le Conseil communal de Lausanne souhaite que la Municipalité interrompe le plus rapidement possible toutes ses relations avec les Presses centrales aussi longtemps que cette entreprise n’aura pas signé de contrat collectif »
.

Dans la « Motion pour un soutien aux travailleurs des entreprises conventionnées » déposée en 2001, nous nous préoccupions déjà que les marchés publics soient adjugés uniquement à des entreprises qui respectent la convention collective de la branche. Lors du débat, M. Brélaz était intervenu en disant: « Concernant les adjudications et dans la mesure des informations dont nous disposons, les préoccupations exprimées par Madame Eggli sont nôtres, puisque nous envisageons même d’aller plus loin » (BCC séance N° 6 du 9.4.2002, p.476-478). Mais aujourd’hui encore, six ans plus tard, la Municipalité donne du travail à des entreprises qui ne respectent pas la convention collective de la banche !

En 2006, à l’occasion de la discussion sur le préavis No 2005/53, «Mise en place d’une politique de développement durable en ville de Lausanne (Agenda 21) ─ 6e partie: Économie», nous avons débattu d’un amendement au Règlement du Fonds du développement durable. A cette occasion, Daniel Brélaz a tenu à préciser l’interprétation «authentique» qu’il faisait pour admettre cet amendement: «une entreprise socialement responsable doit au moins avoir une convention collective, si possible mieux, ce qui signifie que tous les autres cas sont exclus par définition». On peut imaginer que la même interprétation est tout aussi applicable pour les marchés publics signés par la Municipalité.

Malgré la résolution de 2001, les affirmations de 2002 et la déclaration de 2006 que nous avons citées plus haut, la Municipalité de Lausanne continue à commander ses imprimés à des imprimeries qui ne sont pas signataires de contrats collectifs, principalement les Presses centrales SA et Jean Genoud SA, entreprise d’Art graphique au Mont-sur-Lausanne, mais peut-être à d’autres entreprises encore.

Pour ces raisons, nous posons à la Municipalité les questions suivantes :

Où en est l’application de la résolution votée par le Conseil communal concernant les Presses centrales en 2001?
Quelles sont les entreprises qui reçoivent des commandes de la Commune de Lausanne?
Pourquoi la Municipalité accepte-elle des soumissions d’entreprises qui ne respectent pas la loi sur les marchés publics ?
Pourquoi la Municipalité ne respecte-elle pas non plus la Loi sur les marchés publics?
Est-ce qu’elle emploie les services d’autres entreprises qui n’ont pas adhéré à la CCT de leur branche ?

Andrea Eggli, Diane Gilliard

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Simone de Beauvoir, le métier de vivre

C’est vrai, ça: que font les élu-e-s “A Gauche toute!” quand ils ne sont pas au Conseil communal de Lausanne? Par exemple, ils rendent hommage à des femmes et à des hommes qui ont formé leur esprit et stimulé leur engagement. En l’occurrence, Simone de Beauvoir, née il y a tout juste 100 ans. Cet article est paru dans Gauchebdo du 19 janvier 2008.

Le centenaire de l’auteure du Deuxième sexe la ferait-il sortir du purgatoire où l’ont reléguée les terribles années 80? Grâce aux célébrations, voici revenir Simone de Beauvoir telle qu’en elle-même: une intellectuelle de gauche engagée, féministe avant tout.

A dix-sept ans, au lendemain de son bac, une adolescente éblouie se fait une promesse, sur laquelle elle revient des années plus tard: «L’avenir n’était plus un espoir: je le touchais. (…) Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterais.»* Issue d’un milieu bourgeois, catholique, conservateur, qui n’envisageait d’autre perspective pour les femmes que le mariage, Simone de Beauvoir a eu la chance de naître dans une famille désargentée. Faute de pouvoir lui constituer une dot, son père s’est résigné à la laisser faire des études. Il fallait bien qu’elle gagne sa vie. Elle l’a fait. Elle est devenue professeur de philosophie au lycée, puis écrivain célèbre. Elle a rencontré Sartre à vingt ans à la Sorbonne, ils n’ont été séparés que par la mort. Ensemble ils ont été des intellectuels engagés dans les grandes causes de leur époque: la Palestine, la révolution cubaine, l’indépendance de l’Algérie, la lutte des Noirs américains pour les droits civiques, par exemple. Et Simone de Beauvoir a eu la joie de voir naître le Mouvement de libération des femmes, en 1970, dont son Deuxième sexe a été le texte fondateur. Elle s’y est engagée activement, et notamment pour le droit à l’avortement.

D’abord le féminisme
En 1985, au soir de sa vie - c’est un an avant sa mort - la vieille dame dont l’œuvre a changé la vie de tant de femmes européennes et nord-américaines, l’affirme encore avec vigueur: le féminisme a été la dimension principale de son existence, son engagement le plus profond et le plus précoce, même si elle ne lui donnait pas ce nom lorsqu’elle avait vingt ans. Très tôt, elle a manifesté le désir de mener une vie indépendante matériellement, grâce à son métier d’enseignante, et d’avoir une activité bien à elle, en devenant écrivain. Déjà à l’époque, elle en était convaincue: les femmes ont besoin de préserver une certaine solitude et un peu de liberté pour lire, rêve, créer peut-être, et ne pas être dévorées par la vie commune. «Je suis restée fidèle à cette option, dit-elle à ses amies du MLF qui l’interrogent. J’ai refusé d’épouser Sartre.» En 1930, c’était une attitude exceptionnelle et exceptionnellement courageuse.

Ceux qui l’ont connue intimement ─ comme Claude Lanzmann, par exemple, le réalisateur du film Shoah, qui fut un de ses amants ─ se rappellent encore aujourd’hui sa curiosité, son enthousiasme, son intensité: elle voulait tout voir des pays qu’elle traversait, tout lire, tout connaître, tout goûter, tout essayer. Elle voulait aimer, elle voulait écrire, elle voulait être libre. Elle voulait surtout échapper au «destin fangeux» d’épouse et de mère soumise qui aurait dû être le sien si elle avait suivi la voie que lui préparaient ses origines familiales. Elle a réalisé ce tour de force. Et les femmes l’ont su, qui ont fait d’elle un modèle, parce qu’elle leur ouvrait la voie.

Une traversée du siècle
De sa vie, elle a fait des livres, bien sûr: des romans, des mémoires, des essais, qui méritent d’être lus. Il y a L’Invitée, son premier roman, sur les amours du trio qu’elle forme avec son compagnon et une jeune fille de ses élèves. Sa révolte viscérale contre la finitude de l’existence lui inspire Tous les hommes sont mortels, un roman dont le héros, immortel, est à jamais séparé de ses frères humains. Elle évoque la vie de ses amis intellectuels au sortir de la guerre et ses amours avec l’écrivain américain Nelson Algren dans les Mandarins. Paru en 1949, elle a alors 40 ans, Le Deuxième sexe lui vaut des insultes graveleuses d’une violence inouïe.

A la cinquantaine, elle entreprend son autobiographie, dont la rédaction s’étend sur plus de vingt ans, jusqu’à la mort de Sartre en 1980: Mémoires d’une jeune fille rangée, La Force de l’âge, la Force des choses, Tout compte fait, La Cérémonie des adieux. A travers le récit des combats d’un couple d’intellectuels de gauche et de leurs compagnons, du Front populaire au crépuscule de l’Union soviétique, en passant par mai 68, c’est l’autoportrait d’une femme restée fidèle à la promesse de ses dix-sept ans, lorsqu’elle contemplait avec ardeur «cette mine d’or à [ses] pieds, toute une vie à vivre»**.

* S. de Beauvoir, Les Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, 1958, p. 168
** S. de Beauvoir, La Force des choses, Paris, Gallimard, 1963, p. 686

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