Mardi 15 mai, le Conseil communal a débattu et finalement approuvé à la majorité l’ouverture d’un espace de consommation de stupéfiants - familièrement dénommé «local d’injection» - à Lausanne, jumelé avec un bistrot social. Les déclarations, les envolées parfois lyriques, et sincères - il n’y a aucun doute à ce propos - n’ont pas manqué, évidemment. On a même parlé de «choix de société». Bigre … Au point, même, que certaine conseillère de LausannEnsemble, connue pour son militantisme obstiné - et respectable - contre la politique dite de la «réduction des risques» a laissé parler son inconscient. Dans son enthousiasme à fustiger la politique du «toujours plus, tout de suite, si chère aux toxicomanes», elle a mené, sans probablement le vouloir, une charge impitoyable contre le libéralisme et la société de consommation.
Je me suis amusé à remplacer, dans l’intervention de Mme Françoise Longchamp, membre du Parti libéral, les mot «drogue» par «marchandise», «toxicomane» par «consommateur», «sida» par «endettement», par exemple. Son argumentation tient parfaitement. Nous publions ci-dessous le pastiche, suivi de l’intervention prononcée au Conseil communal.
Le pastiche
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers, l’ouverture de nouvelles surfaces commerciales est un développement prévisible de la désastreuse politique de marchandisation générale de la société.
Ce projet sort des cartons du marketing pour entrer dans sa phase de réalisation. Cette nouvelle étape n’a rien à voir avec la véritable politique de lutte contre les inégalités sociales et de développement durable. Elle va au contraire aggraver la situation des citoyens acheteurs, en les enfermant dans leur dépendance à la marchandise, en offrant aux «dealers» de produits trop souvent inutiles et polluants des conditions idéales pour leur commerce sordide. Avec pour corollaire le développement de sentiments d’envie, de compétition sociale, pour culminer dans une criminalité grandissante, agressions, vols, insécurité, en franchissant un nouveau pas dans l’organisation publique d’une intoxication des plus démunis, conduisant, en matière d’accès aux marchandises, à un partage de la population en deux. Celle qui sera protégée de la consommation compulsive par une politique de prise en charge élevée, et celle qui sera abandonnée à l’asservissement par une politique de consommation élevée.
Nous ne saurions laisser faire une telle ignominie: des responsables du marketing convainquant les citoyens, même démunis, à se droguer au téléphone portable ou aux chaussures et T-shirts fabriqués à très bas prix dans le tiers-monde, des préposés au désendettement venant contrôler le porte-monnaie des consommateurs drogués pour que leur empoisonnement n’entraîne pas d’overdose mortelle, c’est-à -dire la mise sous tutelle pour incapacité à gérer raisonnablement leurs modestes ressources. (…)
Il faut soigner de la consommation à outrance et pas seulement de l’endettement les consommateurs, qui relèvent de la maladie, et aider ceux qui n’en relèvent pas à s’émanciper de leur servitude volontaire. Car quand va-t-on arrêter cette spirale du toujours plus, si chère aux propagandistes du libéralisme? Jusqu’où va-t-on aller? Quand va-t-on oser dire: «stop!»?
Car plus on va dans le sens de la consommation et de la gestion de ses conséquences, moins on va dans le sens de la motivation, de la simplicité volontaire, du développement durable et de la décroissance.
L’original
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers, l’ouverture de salles de consommation de stupéfiants est un développement prévisible de la désastreuse politique de réduction des risques.
Ce projet sort des cartons du narco-marketing pour entrer dans sa phase de réalisation. Cette nouvelle étape n’a rien à voir avec la véritable politique de soins. Elle va au contraire aggraver la situation des toxicomanes en les enfermant dans leur dépendance, en offrant aux dealers des conditions idéales pour leur commerce sordide. Avec pour corollaire une criminalité grandissante, agressions, vols, insécurité, en franchissant un nouveau pas dans l’organisation publique d’une intoxication des plus démunis, conduisant en matière de drogue à un partage de la population en deux. Celle qui sera protégée par une politique de prise en charge élevée et celle qui sera abandonnée à l’asservissement par une politique de consommation élevée.
Nous ne saurions laisser faire une telle ignominie: des assistants sociaux aidant les toxicomanes à se droguer au crack et à l’héroïne, des médecins, venant contrôler la tension des drogués pour que leur empoisonnement n’entraîne pas d’overdose. Mais le serment d’Hippocrate n’énonce-t-il pas clairement: «Je ne remettrai à personne du poison si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une telle suggestion»?
Il faut soigner de la toxicomanie et pas seulement du sida les toxicomanes qui relèvent de la maladie et aider ceux qui n’en relèvent pas à s’émanciper de leur servitude volontaire. Car quand va-t-on arrêter cette spirale du toujours plus, si chère aux toxicomanes? Jusqu’où va-t-on aller? Quand va-t-on oser dire: «stop!»?
Car plus on va dans le sens de la consommation et de la gestion de ses conséquences, moins on va dans le sens de la motivation et de l’abstinence.
- Le grand écrivain Edouardo Galeano nous propose d’ailleurs un excellent texte sur la toxicomanie consommatoire.






bravo pour ce texte, ce pastiche et la juste mesure du commentaire sur la position de madame Longchamp… Voilà de la politique loin de la caricature grossière et du manichéisme débile…
Une chose me heurte toutefois: si les partis politiques font dans le pastiche, que restera-t-il aux humoristes, cher Monsieur Hubler???
Souhaiteriez-vous dès lors que les humoristes fassent de la politique???
Chacun à sa place et les vaches… … …
;-)))))))))))
Mon très cher Alf,
1) Je ne suis pas l’auteur de ce pastiche.
2) Je n’ai pas eu le temps de contacter Renato Labil, mais je pense qu’il vous remercie pour votre “bravo”.
3) Je suis certain que Renato est un humoriste qui fait de la politique … et c’est très bien ainsi. Pourvu que cela dure !
4) A plusieurs, les vaches sont mieux gardées …
A bientôt.
Très bon pastiche, bravo et merci d’avoir publié l’original ! publicité gratuite en vue du référendum !
Mais, quand on dit que la rédactrice du bulletin du Conseil est neutre ! comment cela se fait-il que le POP ait déjà mon texte alors que le bulletin du Conseil n’est pas encore sorti ? A bon entendeur salut !
Chère Madame,
Merci pour vos félicitations à propos de mon pastiche.
Pour ce qui concerne votre texte, il n’y a pas que le POP qui l’a ! Il est public ! Il a même été transmis en direct - avec vous d’ailleurs - par TVRL! J’ai tout vu, tout entendu, tout enregistré et retranscrit … ce qui m’intéressait. C’est-à -dire votre intervention!
Ça m’apprendra à passer une soirée à regarder le conseil communal, à l’enregistrer et à en extraire la substantifique moelle pour qu’ensuite tout l’honneur en rejaillisse sur la rédactrice du bulletin.
Après ces mots de découragement, il faut que je me ressaisisse … je vais continuer à vous suivre assidûment, car vous êtes une source d’inspiration inépuisable.
Bien à vous. Renato.
P.S. Est-ce que vous intervenez mardi ? Il y a bien conseil, non ?
Mon ptît doigt me dit que le local d’injection pourrait encore bien s’inviter à la séance de mardi prochain.
A vos magnétoscopes donc…
cher mr Labil,
il conviendrait que vous me disiez merci pour mon commentaire positif à moi aussi. Il n’y a pas que Mme Longchamp qui vous ait tressé des louanges… ;-)))
Ca y est, c’est parti, le conseil communal devient la cible d’enregistrement à la mode. Très bien! Tant qu’il ne devient pas une simple chambre d’enregistrement…
En tout cas, entre les DoX (jécris Dox volontairement, pour économiser 2 lettres, c’est toujours cela d’économisé) et le local d’injection, les sujets de débat ne manquent pas.
Donc Lausanne se porte bien. Car Lausanne bouge…
Alf
Mon très cher Alf,
Désolé d’avoir loupé vos bravos pour lesquels je vous serai éternellement reconnaissant. En effet, ce n’est pas le POP ou AGt! qui me tressera une couronne de lauriers pour mon art du pastiche. Pour eux c’est normal de décrypter la vérité sous-jacente à un discours de Mme L. et de ses camarades de parti. Cette ingratitude donne encore plus de valeur à vos encouragements !
Afin d’avoir de la matière première, je vais de ce pas programmer mon magnétoscope pour le conseil de ce soir. Car si Lausanne ou/et son conseil bouge, il ne faut surtout pas les perdre de vue. Dorénavant chaque dérapage, contrôlé ou non, chaque double ou triple axel sera enregistré, disséqué, analysé, synthétisé et enfin régurgité à l’occasion d’un râle salvateur.
Mes amitiés à Josiane et encore merci à vous Alf.
Bien à vous.
Renato
Merci Mr Labil pour ce merci tardif…
Et bien moi aussi, je vais enregistrer le conseil communal de ce soir, De la bonne télé-réalité ! Brut de décoffrage! Sans pub pour noyer le poisson!
Et pour Noël, voilà un cadeau original…
La compil DVD DU CONS’ COMM’, saison 1 !!!
Avec des vedettes et des seconds couteaux… Nous avons nous aussi nos experts, non?
Alors, comme dirait Tierry Ardisson : «Magnéto, Serge!!!»