Les mots sont importants: « équité »

Je ne sais pas, vous, mais moi, un mot me fait friser. C’est le mot équité, dont tous les droitiers ― y compris certains sociaux-libéraux ― se gargarisent. Avant (avant quoi? Avant la révolution conservatrice, bien sûr), on parlait d’égalité. On disait, sans y penser, des choses énormes. Comme “égalité entre hommes et femmes”, “tous les hommes naissent égaux” (ce qui n’est pas vrai, dans la réalité, et ensuite ça se gâte encore, le plus souvent). Egalité allait tout simplement avec ses sÅ“urs liberté et fraternité.

Tout le monde savait aussi qu’il y a loin de la coupe aux lèvres et que l’égalité, qui fleurait bon la justice sociale, n’était pas encore arrivée. Mais bon, c’était un mot autorisé.

Puis, quelque part entre 1980 et 2000, l’égalité a quasiment disparu, ne résistant que dans l’expression égalité de traitement, cédant la place à l’équité. En gros, l’équité, c’est par exemple: quand un chômeur de longue durée a la chance d’être intégré dans une entreprise sociale publique et d’y gagner le plus bas salaire en usage dans cette Administration, il est urgent de ramener ce salaire au niveau des indemnités des ses frères de misère, chômeurs en fin de droit. Ne pas le faire serait contraire à l’équité. Pire, ce serait une injustice! Un exemple plus ancien, au hasard : pendant longtemps, une femme qui épousait un Suisse obtenait immédiatement un passeport à croix blanche. Vers 1990, les femmes ont été soumises au même régime que leur mari: attendre cinq ans avant de pouvoir demander la nationalité et, comme les hommes, courir le risque de perdre leur permis de séjour si jamais le mariage tournait mal. Pourquoi auraient-elles bénéficié de privilèges indus, alors que les hommes n’obtenaient aucun passeport par mariage? C’eût été contraire à l’égalité des sexes (ah, là, on parle encore d’égalité, mais en l’occurrence, ça ne mange pas de pain) et surtout à l’équité. Ensuite, sont venues, au hasard, les lois et les pratiques restrictives sur l’immigration…

Pendant longtemps, nous avons cru que l’égalité ― qui n’existe pas ― ou du moins la volonté de tendre à l’égalité, imposait de donner plus à ceux qui ont moins, pour rétablir la balance de justice. Depuis que la restauration libérale modèle et contrôle nos conduites (sinon nos convictions profondes), l’équité, cette parente froidement géométrique, met la liberté (du plus fort) au premier plan, et ne sait même plus ce que signifie fraternité.

Alors écoutez attentivement les propos des candidats aux élections vaudoises. Et méfiez-vous de ceux qui s’engagent pour davantage d’’équité. Ils se contenteront de vous parler d’amélioration de la qualité de vie et seront bien tièdes dans la lutte pour plus de justice sociale …

  • Crédit photographique : La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix. Huile sur toile. Oeuvre dans le domaine public.
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