Nous parlons, ces temps, élections cantonales obligent, de la présence des femmes sur les listes électorales, et de la nécessité que les femmes (et les hommes) de gauche s’engagent de façon déterminée contre la domination infligée aux femmes. Surtout certaines, cela va de soi. Eh bien, il y a de quoi faire !
Dans 24 Heures du 29 janvier, un article traitant d’un trafic de faux papiers à l’usage de prostituées met en évidence ― involontairement sans doute vu le style soigneusement neutre du rédacteur ― comment le gouvernement suisse tolère, voire promeut indirectement, la marchandisation des êtres humains: «Le faux sésame européen en main elles ont pu dès lors bénéficier des avantages octroyés par les accords bilatéraux: une fois déclarée, une prostituée issue de la Communauté européenne devient en fait une prestataire de services indépendante et a droit à 90 jours ouvrables de travail. Nonante jours qu’elle peut répartir sur une année comme bon lui semble.»
Ce n’est pas au journaliste que nous en avons. Mais relisez bien. Ça ne vous fait pas frémir ? «Elles ont pu dès lors bénéficier des avantages…» Mais quels avantages? Il y a des traités internationaux, qui accordent des droits aux ressortissants de la Communauté européenne venant travailler en Suisse. Point. Ça continue: «une fois déclarée, une prostituée (…) devient en fait une prestataire de services indépendante». Et vive la liberté du commerce et la concurrence non faussée! D’ailleurs, elle a droit à 90 jours ouvrables de travail «qu’elle peut répartir sur une année comme bon lui semble». Génial ! La liberté, on vous dit.
Evidemment, il n’est pas question de rappeler, dans un journal honnête, que lesdits services, ce sont des passes, des fellations ― nombreuses, il faut bien gagner sa croûte, et 90 jours c’est court. Concrètement, plusieurs fois par jour ou par nuit: du sperme, de la salive, de la transpiration, des odeurs, du dégoût plus ou moins surmonté. Car les messieurs ne sont pas toujours très propres, ni toujours sympathiques et respectueux de la personne à laquelle ils achètent ces services intimes. Ah mais ils ont le droit! C’est un contrat, n’est-ce pas? Entre quelqu’un, une «prestataire de services» (une femme, le plus souvent) qui met à disposition son instrument de travail, son corps, contre paiement, et un consommateur (un homme le plus souvent), qui paie.
Celles et ceux qui protestent contre la conception néolibérale de la prostitution ― hélas relayée par certaines professionnelles médiatisées, qui parlent de «métier comme un autre» et de «choix de vie» ― passent pour des peine-à -jouir, des nostalgiques des ligues de vertu, voire des adeptes de l’économie dirigée et de la limitation des libertés humaines. On ne pourrait rien faire, selon les défenseurs de la liberté du commerce, contre «le plus vieux métier du monde »…
A cela, une historienne, Florence Montreynaud, répond calmement à un journaliste que, sans doute, le plus vieux métier du monde, c’est sage-femme…






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