City management ou le retour de l’économie planifiée

Voilà, c’est fait, grâce à la majorité « de gauche Â» du conseil communal de Lausanne, la ville aura son « city manager », c’est-à-dire un chef de la promotion des commerces de la cité. Elle aura son impôt obligatoire et proportionnel au nombre d’employés des commerces, mais plafonné pour que les gros commerces ne paient pas trop. Tout cela gérera et financera une « Ã©volution harmonieuse Â» du commerce en ville.

Pour « A Gauche toute ! », celles et ceux qui espèrent le retour des petits commerces de quartier se sont fait avoir. On en reparle dans 5 ans, mais d’abord voici le texte de Myriam Tétaz consacré au nouveau Monsieur Loyal du grand cirque commercial lausannois …

Au nom des commerçants que j’ai interrogés dans mon quartier sous-gare, au nom de ceux qui nous ont élus, nous, « A Gauche toute ! », les Verts, les socialistes, pour que le Conseil communal mène une politique de gauche, « A Gauche toute ! » vous demande de refuser le marketing urbain et le city management tels qu’ils nous sont proposés dans ce préavis. Ces deux volets sont à tel point imbriqués qu’ils s’y confondent.
En réalité, ce qu’on espère, c’est que les uns voteront au nom du marketing urbain ce que les autres veulent nous imposer au nom du city management. Celui-ci propose en clair que tous les commerçants paient pour sauvegarder certains commerces à haute valeur ajoutée dans le centre ville, c’est-à-dire rue Bourg, St François.

Par ailleurs, il est manifeste, et ce n’est pas écrit entre les lignes, mais noir sur papier glacé dans la brochure Economie lausannoise, mais aussi dans le préavis, qu’on veut réouvrir la ville à plus de voitures. C’est même par là que commence l’article dans Economie Lausanne. Je cite l’attaque du texte :« Arrêtons de dire que la ville n’est pas accessible en voiture le samedi, c’est faux». On nous vante le parking de la Riponne dont le slogan est : «En ville avec ma voiture» et qui se flatte dans sa publicité d’«être le plus simple moyen d’accéder au cÅ“ur de la ville 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 heures». Les Verts et ceux qui les ont élus apprécieront… Le préavis se réjouit aussi de certains concepts nouveaux. Par exemple, vu le projet de grands centres commerciaux en ville, ceux-ci permettraient «de mettre des places de parc à disposition comme parking d’échanges ou comme parc et rail du lundi au vendredi à condition de pouvoir utiliser des capacités plus élevées le samedi». En p. 13, on lit même, à propos des animations de Noël, que le city manager «peut intervenir pour des réductions ciblées des coûts de parking». Tant pis pour les Lausannois ! Si la revitalisation du centre doit occasionner quelques nuisances en terme de circulation, elles sont «inévitables», estime un des commissaires.

Mais venons-en aux commerçants, les premiers concernés. Et là on s’étonne. D’un côté, la droite, qui est à l’origine de ce city management concocté par DECLIC, cette droite pour laquelle les commerçants sont certainement nombreux à voter, prétend se battre contre tout impôt supplémentaire, et même existant, elle va lancer un referendum sur ce qu’elle appelle non pas une taxe mais l’impôt sur le divertissement. Et voilà que cette même droite veut instituer une nouvelle taxe, donc pour employer ses termes un nouvel impôt sur les commerces. D’où une double imposition, par l’impôt communal et par celui qui sera payé par les commerçants, un impôt qui plus est inéquitable parce qu’au prorata du nombre de personnes qui y travaille. Donc le cordonnier de la Borde avec un ouvrier ou la coiffeuse de Montelly avec une shampouineuse paieront la même somme que le bijoutier de la rue de Bourg avec une vendeuse. La droite pourrait aussi y perdre quelques voix. Car les commerçants, en tous cas ceux que j’ai interrogés, n’en veulent pas de cette taxe. En effet il est bien précisé que le city manager organisera des événements dans le centre ville pour y attirer la clientèle tandis que dans les quartiers ce sont les commerçants qui devront se débrouiller entre eux, tout en payant 30% à la Fondation. Vous n’imaginez tout de même pas que Yosémite va payer pour que ses clients aillent chez Schaeffer Sports, Durig pour qu’ils choisissent les chocolats de Blondel, ou l’épicerie fine Sanga pour qu’on achète les tommes de Globus. Quant aux manifestations de quartier, d’après les commerçants, elles favorisent la convivialité, la mixité et diminuent probablement incivilité et violence, mais n’amènent pas de nouveaux clients.

ET surtout soyons bien conscients, à droite comme à gauche, que si nous acceptons ce préavis nous signons un chèque en blanc pour un city management dont ni le préavis, ni le règlement ne définissent avec précision le cahier des charges du manager, la répartition entre centre et quartier périphériques, les circonstances particulières d’exonération, le fonctionnement de la Fondation où la Ville, au demeurant, n’aura qu’une participation congrue.
Le règlement parle, p.19, d’un plan annexé. Pas de plan annexé. Il est en voie d’être élaboré par DECLIC . Même les chiffres sont inexacts. Ce n’est pas 2 millions par an, comme indiqué p.1, mais 2 millions ajoutés aux 400′000 francs déjà mis par la Ville, donc 2 millions 400 000, et les commerçants ne participeraient pas pour 80%, mais comme l’a relevé un commissaire, pour 70% seulement.
Le flou, qui n’a rien d’artistique, se retrouve en p. 15 où le conditionnel, paragraphes 2 et 3, permet diverses interprétations.
En p. 14 on nous dit «qu’une légère augmentation de la participation de la ville à Lausanne Tourisme pourrait être nécessaire» Combien, pourquoi ? En page 21, on lit: «les pourcentages mentionnés alinéa 1 et 2 sont des proportions de principe; la répartition peut être adaptée». Très ouvert ce projet!

Je n’allongerai pas, d’autres interviendront certainement après moi, mais je ne saurais résister, pour terminer, au plaisir de citer deux phrases d’anthologie: «laisser agir l’offre et la demande est devenu un handicap majeur», en page 12. Il y a longtemps que la gauche le prétend en matière d’assurance maladie par exemple, ou de constructions de nouveaux logements. Et page 10 «les consommateurs n’arrivent pas à satisfaire pleinement les attentes de chaque commerçant». Moi qui croyais, fille de commerçant, que c’était le commerçant qui devait répondre à l’attente des clients! Tout change …

En résumé, il s’agit d’un projet consumériste qui va favoriser un certain type de commerces de luxe au centre-ville au dépens des autres commerçants de quartier et réintroduire plus de voitures en ville; il est présenté avec un tel manque de rigueur et de précision qu’on ne peut que refuser ce jumelage du marketing urbain et du city management. Et donc voter non.

 Romandez-moi! Romandez-moi!

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