A propos des élus locaux

Nombre d’élues et d’élus, y compris à Lausanne, parlent trop beaucoup de « démocratie (participative ou pas) », sans savoir ce que c’est, ce qui n’est pas grave, mais surtout sans avoir réfléchi à ce que cela pouvait être, ce qui est plus grave. Michel Koebel donne quelques pistes de réflexion dans son livre « Le pouvoir local ou la démocratie improbable ». Voici deux extraits d’une discussion à propos de ce livre entre Richard Brun et Michel Koebel.

R.B. : Concernant la non prise en compte des intérêts de certaines catégories de la population, il me semble que c’est moins à cause d’un calcul cynique qui voudrait qu’il vaut mieux avantager les marchés financiers et le « Grand Kapital » au détriment des « petites gens », que parce que les élus considèrent que leur propre intérêt est « universel » et que ce qui est bon pour eux est bon pour tous. Or comme les élus appartiennent aux seules catégories dominantes, seuls les intérêts des dominants sont pris en compte …

M.K. :[1] : Ma démonstration va dans le sens contraire de votre impression. J’explique dans mon livre pourquoi et comment le pouvoir local se concentre sur quelques individus (une partie de l’exécutif local : le maire, quelques adjoints, quelques fonctionnaires très " politiques ") et que le reste n’est largement qu’un simulacre de démocratie. Ce sont eux qui sont le plus " professionnalisés ", ceux qui cumulent les mandats et dont Daniel Gaxie dit qu’ils vivent de la politique et pour la politique, et pour qui « la maladie, la vieillesse avancée, ou la mort sont les principales causes d’interruption de l’activité politique ».

Puis :

M.K. : Faire partie d’un groupe social favorisé (sur les plans économique, culturel, etc.) donne-t-il plus de compétence à prendre en compte (et d’abord à percevoir, à comprendre, avant même de défendre) les intérêts d’autres groupes sociaux ? Cette capacité à représenter ne fait pas partie des compétences actuellement exigibles pour prétendre décider à la place des autres. Cela tourne plus autour des capacités à s’exprimer en public, à communiquer, à gérer des dossiers complexes. Les caractéristiques sociales des élus, leur façon de vivre, les lieux qu’ils fréquentent, les personnes qu’ils rencontrent, ne les prédisposent pas à entendre ces différentes catégories d’intérêts. Pire : ils sont plutôt prédisposés à entendre les intérêts de ceux qui sont socialement les plus proches d’eux. Bourdieu disait même que, à la limite, c’est en servant leurs propres intérêts que les hommes politiques servent le mieux ceux de leurs mandants, ceux qu’ils représentent réellement. Malheureusement, seuls quelques dossiers (comme la pollution de l’air par exemple) concernent toutes les catégories sociales.

Et un peu plus loin :

M.K. : Croire que la concurrence entre dominants profite aux dominés, n’est-ce pas avoir une vision néo-libérale du progrès ? Je répète une nouvelle fois les propos de Bourdieu : « c’est en servant leurs propres intérêts que les hommes politiques servent le mieux ceux de leurs mandants ». Mais sur combien de dossiers l’intérêt des dominants rejoint-il l’intérêt des dominés ?

Voilà de quoi gamberger un peu ou lire pour cette fin d’année.

Notes

[1] Le Pouvoir local ou la Démocratie improbable, Éditions du Croquant (collection Savoir/Agir) janvier 2006, ISBN : 2 914968 11 6

 Romandez-moi! Romandez-moi!

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