Voiblet : diffamation et esprit moyenâgeux

Après seulement six mois de présence au conseil communal de Lausanne, l’UDC Claude-Alain Voiblet annonce la couleur à l’occasion d’une interpellation à propos de la présence de toxicomanes et de marginaux sur la place de la Riponne. Cette couleur est sombre, sombre comme le Moyen-Âge, sombre comme la diffamation.

En matière de toxicomanie, l’UDC lausannoise semble à mille lieues de la position centriste que revendiquent Jean-Luc Chollet ou Raphaël Abbet. Le parti agrarien que LausannEnsemble trouvait infréquentable à la veille des élections communales ne l’était peut-être pas encore, mais il l’est devenu avec l’entrée de Claude-Alain Voiblet[1] au conseil communal.

Le premier dérapage verbal du jurassien façonné dans le moule blochérien frise la diffamation, jugez plutôt :

Votre discours est scandaleux. Vous et votre majorité, qui donnez finalement de la drogue à ces personnes, entretenez leur situation.

dit-il en s’adressant à Diane Gilliard et en prenant de l’avance sur le débat qui portera sur le local d’injection[2].

Pour rappel, voici ce que prévoit le Code pénal suisse en pareil cas.

Diffamation
Celui qui, en s’adressant à un tiers, aura accusé une personne ou jeté sur elle le soupçon de tenir une conduite contraire à l’honneur, ou de tout autre fait propre à porter atteinte à sa considération,
celui qui aura propagé une telle accusation ou un tel soupçon,
sera, sur plainte, puni de l’emprisonnement pour six mois au plus ou de l’amende.

En fait, on sent clairement dans le discours de celles et ceux qui ne veulent plus voir les marginaux sur l’espace public que leur préférence se porte sur le volet répressif de la politique fédérale des quatre piliers (prévention, thérapie, réduction des risques et répression) en matière de drogue. Si on ne les retenait pas, ils ne se gêneraient pas de réintroduire les “chasse-gueux” du Moyen-Âge ou de l’Ancien Régime. Leur “philosophie” relève d’une attitude proche de ce que Jamil Sayah explique dans un article consacré aux mendiants et intitulé “Le mendiant : un citoyen exclu“.

Cette attitude nous renvoie à une époque où le sentiment d’humanité n’inspirait pas les réglementations des polices et où on assimilait sans difficulté les mendiants et les vagabonds à des bêtes dangereuses : « Les vagabonds (…) sont des bêtes voraces (…) des ennemis répandus sur la surface du territoire, qui y vivent à discrétion comme dans un pays conquis et y lèvent de véritables contributions sous le titre d’aumône : » Il fallait donc les éradiquer. Pour ce faire, les pouvoirs publics avaient créé des chasse-gueux (…).

Notes

[1] secrétaire de l’UDC vaudoise et coordinateur romand de ce parti

[2] Qui, rappelons-le, ne distribuera pas de produit stupéfiant.

 Romandez-moi! Romandez-moi!

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