Mon tailleur est riche

Si la ville de Lausanne peut se vanter d’être la capitale olympique, ce n’est pas demain la veille qu’elle pourra briguer le titre de capitale de la défense de la langue française, à moins qu’elle ne se décide à adhérer à l’association la « Défense du français » et surtout qu’elle fasse preuve d’une réelle volonté de préférer le français aux franglais.

Mais pour l’instant, le franglais ronge l’administration lausannoise comme un lapin grignote une carotte : à belles dents. Comme on pouvait s’y attendre, ce sont surtout les secteurs technologiques de la ville qui sont atteints par la maladie. C’est ainsi que le préavis traitant de l’entrée des Services industriels de Lausanne dans le partenariat Spontis recèle quelques succulences du genre « benchmarking », « pool », « relevant » relevées par le rapporteur de la commission, Pierre Santschi. Sous le choc, ce dernier n’a pas résisté au plaisir d’introduire son intervention par quelques phrases approximativement tricotées dans la langue de Shakespeare et soulignées d’un magnifique accent vaudois.

Mr Chairmann … Ladies and Gentlemen, Dear Colleagues. When I read our Municipality’s text requesting we agree to the access to Spontis, I thought this text would have been better if it has been written directly in English. (Rires.) But I remembered that our new Constitution tells that the official language of the Canton de Vaud is French. So I will now switch to French to express my perplexity about the quality of the text.

La réponse municipale d’Eliane Rey fusa :

I am very sorry. Les Services industriels de Lausanne ne sont pas la faculté des Lettres. (..). Certes, (le préavis) contenait en anglais des expressions courantes, benchmarking par exemple; c’est un terme repris du site de la Chancellerie fédérale.

La municipale n’a pas eu de chance, car la Chancellerie recommande justement de remplacer « benchmarking » par « analyse comparative » !

En ce qui concerne la sécurité publique, on trouve le très discret « police assistant » de l’uniforme standardisé cantonal qui permettra aux assistants et assistantes de police d’être identifiés comme tels dans tout le … canton.

En ce mois de novembre, le dicastère des travaux réussit un joli coup avec son « P-Only » et ses « racks » à vélos. Mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas son coup d’essai, puisqu’en octobre le Service de l’assainissement mettait au concours des postes d’agent-e-s de la propreté dont la mission principale était la lutte contre le « littering ».

Cependant le pompon revient définitivement au Service multimédia qui, sous le nom de « Citycable », vise à devenir le fournisseur d’accès le plus performant de tout l’Ouest et l’affirme haut et fort dans sa publicité dégoulinante de sens : « Citycable – Internet service provider ». Le plus dramatique est que le Vert, Jean-Yves Pidoux, patron des Services industriels et pourtant connu pour son langage châtié, estime cette terminologie justifiée pour ce genre de technologie. Ah bon, et pour manger un « Stollen » il faut comprendre l’allemand ?

 Romandez-moi! Romandez-moi!

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