C’est un beau mot, l’activisme. Il désigne un engagement politique privilégiant l’action. Il y a les activistes pour les droits humains, la Brigade activiste des clowns (BAC) - allez y faire un tour -, les activistes de tout poil, venus du monde entier, qui se retrouvent à Porto Alegre. L’activiste est un militant, il lutte contre la pauvreté, l’exploitation, les lois xénophobes, pour la paix, l’environnement, une caisse-maladie unique. Les activistes sont la survie de la santé sociale.
Le même mot sonne tout autre à la lecture de ce titre dans un journal « de référence », Le Monde du 6 septembre dernier: « Les forces israéliennes tuent un activiste palestinien à Djénine ». Pour nous éviter toute tentation compassionnelle, le journaliste poursuit: « L’homme de 24 ans, membre du Djihad islamique, a été touché alors qu’il tentait de fuir sa maison, encerclée par des commandos israéliens. »
A aucun moment, l’auteur de l’article ne nous dit comment il sait que ce jeune homme, cet « activiste », est membre du Djihad islamique. En Palestine, il n’y a pas de militants luttant contre l’occupant, la torture, pour la paix. Il y a des activistes, Palestiniens de surcroît, donc membre du Djihad islamique et bien sûr terroristes ! CQFD !
Tout de même, dans sa dernière phrase, Le Monde nous dit d’où il tire cette information essentielle, qu’il n’a pas jugé bon de vérifier: «‹ Il n’a pas tenu compte des ordres lui commandant de s’arrêter, pas plus que des tirs de sommation›, a dit une porte-parole militaire israélienne. » Si ce n’est pas une preuve de terrorisme, ça !
Et voilà comment un mot qui rend honneur à tous ceux qui refusent de vivre à genoux, devient par la magie de la novlangue militaro-politico-médiatique un terme dont il faut se méfier. Ils nous ont déjà pris « militant », synonyme dorénavant de fanatique, pauvre égaré victime de la propagande stalinienne ou maoïste. Maintenant, ils essaient de disqualifier « activiste » pour en faire un synonyme de « terroriste ». Vite ! Entraînons-nous à l’autodéfense intellectuelle, comme nous le recommande Noam Chomsky. Et pour ce faire, rendons-nous le plus souvent possible sur le site de la BAC (on n’en dit pas plus), où règnent des experts en la matière.






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