L’ouverture en 2003 d’un « site d’injection sécuritaire » à Vancouver au Canada a fait l’objet d’une vaste polémique qui a eu pour conséquence le désaveu par son parti du maire favorable à ce local et la brillante élection de l’ancien chef de la police tout aussi favorable à cette structure unique en Amérique du Nord. Même si la Suisse possède une avance en matière d’expérience de local d’injection, les enseignements nord-américains ont un intérêt pour une ville comme Lausanne qui s’apprête à s’engager sur cette voie. Il est particulièrement frappant d’apprendre que, selon l’expérience canadienne et contrairement à beaucoup d’affirmations, un local d’injection favorise l’entrée en cure de désintoxication.
Le local d’injection contrôlée mène à la cure de désintoxication
Frances Bula, Vancouver Sun, 8 juin 2006 (trad. Alain Hubler)
Selon une étude publiée mercredi dernier dans le New England Journal of Medicine, plus un toxicomane fréquente le local expérimental d’injection contrôlée de Vancouver, plus il a de chances d’entamer un processus de désintoxication. Voici les résultats surprenants découverts par les chercheurs étudiant ce local.
« Si vous fréquentez le local au moins une fois par semaine, vous avez deux fois plus de chances qu’un autre de commencer une cure de désintoxication » affirme le Dr Thomas Kerr du Centre d’excellence pour la recherche sur le VIH-SIDA et co-auteur de l’article[1]. Il ajoute que les chercheurs ne s’attendaient pas à un tel résultat. « Nous n’avons pas été étonnés que la structure ait pour conséquence une diminution du désordre public ou du partage des seringues, mais nous avons été réellement surpris de découvrir que plus on fréquente le local, plus la probabilité de commencer un traitement est grande. »
Sur les 1031 personnes, sélectionnées au hasard parmi les usagers réguliers d’InSite[2] – situé à la célèbre intersection entre les rues de Main et Hastings –, 185 d’entre elles, soit environ 18 %, ont entamé une cure de désintoxication dans un délai de 15 mois entre les mois de décembre 2003 et de mars 2005. Celles qui venaient hebdomadairement au local, ou qui voyaient ne serait-ce qu’une fois le conseiller en dépendance, étaient deux fois plus nombreuses à débuter une cure.
Selon Kerr, les faits vont à l’encontre des craintes des personnes qui pensent qu’un lieu d’injection favoriserait la consommation de drogue et encouragerait les gens à ne pas se faire traiter. « Nos résultats fournissent l’assurance que l’accès à l’injection supervisée est peu susceptible d’avoir pour conséquence une diminution de l’utilisation des cures de désintoxication. ». C’est la recherche qui le montre.
L’étude n’a pas été fondée sur des affirmations anecdotiques de personnes qui prétendent avoir commencé un traitement ou sur des statistiques du local portant sur le nombre de personnes entrées en cure. Au contraire, elle se base sur la comparaison nominative des personnes inscrites au local d’injection contrôlée et à l’un des trois centres de désintoxication de la ville.
L’étude ne mentionne pas le taux des toxicomanes qui entament une cure dans d’autres villes ou qui n’utilisent pas le local de Vancouver. Cependant, d’autres statistiques collectées par le Centre montrent que, chez les quelque mille usagers étudiés, la probabilité pour qu’ils commencent une cure avait presque doublé depuis l’ouverture du centre. Pendant les six mois précédant l’ouverture du local 8,5% de ce groupe d’usagers ont commencé une cure de désintoxication. Dans les six mois qui ont suivi l’ouverture, ce chiffre a passé à 14,5%.
InSite, qui est le seul service d’injection contrôlée de drogues illégales en Amérique du Nord, a été ouvert en septembre 2003. Il constitue une initiative de santé publique visant à réduire la diffusion du VIH dans le Downtown Eastside et à empêcher les décès par surdosage. Certains partisans ont même invoqué qu’un service de bas-seuil encouragerait les toxicomanes à entamer un traitement.
David Marsh, le directeur des services cliniques de Médecine des toxicomanies à la Vancouver Coastal Health relève que les demandes de cures de désintoxication émanant d’InSite sont traitées prioritairement, car la majorité des usagers du local sont des sans-abri et qu’il leur est difficile d’attendre un coup de téléphone leur annonçant qu’une opportunité se présente.
Le local offre un conseiller en dépendance et deux infirmières pendant la plus grande partie des heures d’ouverture. Ces personnes informent sur les choix de traitement alors qu’elles interviennent sur d’autres questions comme le traitement des blessures ou les problèmes de logement. « Le personnel comprend que c’est une des missions du local » explique Marsh.
Pour sa seconde année d’activité, le local enregistre une moyenne de 611 visites par jour. Il a tendance à attirer ceux que le personnel sanitaire considère comme des toxicomanes à haut risque : les sans-abri ou ceux qui viennent de sortir de prison. Des études récentes ont montré que les usagers du local sont moins enclins à partager des aiguilles. Le site a connu 197 surdosages dans sa seconde année d’activité, mais aucune n’a été fatale.
Le local d’injection contrôlée fonctionne comme un pilote de recherche au bénéfice d’une dérogation aux lois sur les stupéfiants. Cette dérogation doit expirer en septembre. Le Premier Ministre conservateur Stephen Harper a annoncé pendant sa campagne qu’il ne donnerait pas l’appui fédéral à ce local. Depuis son élection, il n’a pas fourni de rapport définitif et la dérogation que devrait prononcer Santé Canada est incertaine.






En me documentant un peu sur le cas de Vancouver, je constate :
- Qu’il ne fait de loin pas l’unanimité et qu’il est en sursis jusqu’à la fin 2007.Il reste donc expérimental et cas unique en son genre en Amérique du Nord (les Américains et Canadiens seraient-ils plus stupides que nous ?)
- Que la décision sera prise en fonction de rapports établis par des instances neutres et non pas directement liées au projet.
- Que la situation à Vancouver sur le plan de la drogue n’est absolument pas à comparer avec celle ayant cours en Suisse en général et Lausanne en particulier. En effet, là-bas, avant cela, il n’y avait pour ainsi dire aucune structure d’accueil à bas seuil et de distribution de matériel propre, favorisant ainsi la transmission de maladies, telle le VIH par exemple. A lausanne, tel n’est pas le cas puisque les toxicomanes ont de nombreuses possibilités de se fournir en matériel stérile(le passage, distribus, automates, fleur de pavé, etc). En Suisse, tout le monde s’accorde à admettre qu’il n’y a aucune influence objective sur l’influence des locaux d’injection existants, la transmission du sida et le nombre d’overdoses.
- Comment peut-on dire que le centre d’injection permettra d’aiguiller le toxicomane sur la voie d’une thérapie alors que la majorité d’entre eux en ont déjà entrepris au moins une. J’en veux pour exemple, les statistiques données par le centre d’injection Quai 9 à Genève, où il est question d’âge moyen de plus de 35 ans de leur “clientèle” et d’une surconsommation de stupéfiants pour plus du soixante %(Ils viennent s’injecter des produits, alors qu’ils sont en cure de méthadone, donc en thérapie…). N’est-ce donc pas quelque peu de la poudre aux yeux jetée à la face de l’électeur ?
- J’ai constaté que contrairement à Lausanne, l’inhalation est interdite dans les locaux d’Insite à Vancouver, ainsi que la consommation d’alcool (ce qui ne sera pas le cas à Lausanne avec le bistrot social qui sera ouvert à proximité directe). Pourquoi dès lors ne pas prendre exemple sur ces deux points, au cas où le local lausannois serait accepté ?
En ce qui me concerne, je suis pour la prise en charge des toxicomanes telle qu’elle se fait actuellement. Les structures existantes sont déjà très bonnes. On devrait améliorer la prévention chez les jeunes où rien ou presque rien ne se fait à l’heure actuelle. Le salut des toxicomanes passe par l’abstinence et je trouve inadmissible qu’il y ait autant de places vacantes dans les centres de traitement existants, alors même que la loi permet de les forcer à se soigner.
Un centre d’injection n’apportera donc rien de plus à ce niveau, si ce n’est que les toxicomanes se complairont dans leur dépendance.
Voici quelques liens traitant du local de Vancouver :
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=7880866&wysistatpr=ads_rss_texte
(le lien ci-dessus ne traite pas de Vancouver, mais de la problématique de la fumée chez les jeunes. Quand on prend connaissance de cela, on se demande s’il n’y a pas un certain paradoxe entre les deux politiques en question ?)
http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2006/09/01/002-insite_controverse.shtml
http://www.ludic-mulhouse.org/bibliographiescmr/traduction-sis-video.pdf
http://cybersolidaires.typepad.com/ameriques/2006/09/post.html
http://www.aegis.com/NEWS/AFP/2006/AF0608E8_FR.html
http://www.cwhn.ca/network-reseau/9-12f/9-12pg3.html
Chère Madijo,
Je vous cite :
“En Suisse, tout le monde s’accorde à admettre qu’il n’y a aucune influence objective sur l’influence des locaux d’injection existants, la transmission du sida et le nombre d’overdoses.”
Qui est ce “tout le monde” ? Vous avez fait un micro-trottoir ?
Si oui, je n’ai rien à objecter, mais si vous parlez d’études scientifiques - parce que c’est par ce biais que l’on peut tirer des corrélations - si vous lisez l’anglais, je vous suggère de faire un tour ici :
http://www.emcdda.europa.eu/index.cfm?fuseaction=public.Content&nnodeid=431&sLanguageiso=EN
Et pour des travaux concernant plus spécifiquement la Suisse (romande), rendez-vous sur le site de l’IUMSP :
http://www.iumsp.ch/Unites/uepp/msp_files.htm
Hopant avoir helpé
Chère Madijo,
Je vous cite :
“En Suisse, tout le monde s’accorde à admettre qu’il n’y a aucune influence objective sur l’influence des locaux d’injection existants, la transmission du sida et le nombre d’overdoses.”
Qui est ce “tout le monde” ? Vous avez fait un micro-trottoir ?
Si oui, je n’ai rien à objecter, mais si vous parlez d’études scientifiques - parce que c’est par ce biais que l’on peut tirer des corrélations - si vous lisez l’anglais, je vous suggère de faire un tour ici :
http://www.emcdda.europa.eu/index.cfm?fuseaction=public.Content&nnodeid=431&sLanguageiso=EN
Et pour des travaux concernant plus spécifiquement la Suisse (romande), rendez-vous sur le site de l’IUMSP :
http://www.iumsp.ch/Unites/uepp/msp_files.htm
Hopant avoir helpé