Quand près de 100% des commentaires et des interprétations d’une situation sont unanimes, il s’agit de se méfier. C’est à peu près ce qui s’est passé dans la presse autour de l’attaque du Liban par Israël l’été dernier. Heureusement, on trouve parfois un article qui nous donne une leçon d’indispensable autodéfense intellectuelle contre le rouleau compresseur de la pensée unique. En l’occurrence, ce sont "Les 11 règles du journalisme" décelées par le journaliste français Bernard Langlois.
C’est difficile de lire les journaux et de regarder la télévision. Difficile non pas parce que les articles seraient ardus et les informations télévisées compliquées (ce serait plutôt le contraire), mais parce que pour déceler les positions politiques implicites derrière les affirmations humanistes et universalistes, il faut se lever tôt! Nous lisons sans lire, nous voyons sans voir, nous sommes tellement habitués à la vision du monde que les médias nous proposent…
C’est pourquoi il est bon de trouver, de temps en temps, un article comme celui publié par Bernard Langlois dans Politis, un hebdomadaire indépendant (et de gauche) français. Il vaut la peine de le diffuser le plus largement possible. Le voici:
Objet : les 11 règles du journalisme
Voici ces règles que tout le monde doit avoir à l’esprit lorsqu’il regarde le JT le soir, ou quand il lit son journal le matin. Tout deviendra simple.
Règle numéro 1: Au Proche Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers et c’est toujours Israël qui se défend. Cela s’appelle des représailles.
Règle numéro 2: Les Arabes, Palestiniens ou Libanais, n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du terrorisme.
Règle numéro 3: Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légitime défense.
Règle numéro 4: Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l’appellent à la retenue. Cela s’appelle la réaction de la communauté internationale.
Règle numéro 5: Les Palestiniens et les Libanais n’ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépassent pas trois soldats.
Règle numéro 6: Les Israéliens ont le droit d’enlever autant de Palestiniens qu’ils le souhaitent (environ 10’000 prisonniers à ce jour dont près de 300 enfants). Il n’y a aucune limite et ils n’ont besoin d’apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées. Il suffit juste de dire le mot magique «terroristes».
Règle numéro 7: Quand vous dites «Hezbollah», il faut toujours rajouter l’expression «soutenu par la Syrie et l’Iran».
Règle numéro 8: Quand vous dites «Israël», il ne faut surtout pas rajouter après: «soutenu par les Etats-Unis, la France et l’Europe», car on pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.
Règle numéro 9: Ne jamais parler de «Territoires occupés», ni de résolutions de l’ONU, ni de violations du droit international, ni des conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur et l’auditeur de France Info.
Règle numéro 10: Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ainsi qu’à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neutralité journalistique.
Règle numéro 11: Si vous n’êtes pas d’accord avec ces règles ou si vous trouvez qu’elles favorisent une partie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un dangereux antisémite.
CQFD. Même si les médias romands ont été, dans l’ensemble, moins caricaturaux que les français, ça ne vous rappelle rien?






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