Tout le monde est d’accord : la mobilité, c’est bien. Nous avons la mobilité douce, les transports publics sur terre, sur l’eau et dans les airs (!), les cheminements Pédibus pour les écoliers, le tourisme pédestre et les vélos. C’est bien. Pour les personnes «à mobilité réduite», c’est-à -dire en chaise roulante, trop jeunes, trop vieilles, avec ou sans canne, on modifie la conceptions des bus, on installe des accès de plein pied et des trottoirs abaissés pour les aider à se mouvoir. C’est bien. L’EPFL s’est dotée d’un Office de la mobilité, qui organise les séjours d’étudiants dans des universités étrangères. C’est bien aussi. Il y a évidemment les téléphones mobiles, qui nous permettent d’être sans cesse en mouvement et de ne pas en perdre une miette.
La mobilité est une valeur moderne, positive, « incontournable », comme ils disent. Dans la mobilité, il n’y a pas que le développement des transports publics pour tenter de juguler un peu l’effrayante omniprésence de la bagnole. L’injonction à la mobilité frappe aussi les humains. Un bon chômeur doit être mobile, c’est-à -dire prendre un emploi à Bassecourt ou dans la campagne fribourgeoise, même s’il doit se lever à 4h du matin pour gagner son poste de travail en transports publics. D’ailleurs, s’il est vraiment mobile, il déménagera ! Un bon travailleur s’adapte, change, car « le monde bouge », et il ne faut pas rester en arrière. Gare aux immobiles ! L’immobilisme, c’est la mort. C’est aussi la caractéristique de ceux qui « défendent les acquis », refusent les « réformes », et prétendent conserver l’ancien, l’Etat « providence », par exemple. Au contraire, la mobilité, c’est dynamique, c’est entreprenant, c’est évolutif (encore un mot merveilleux, que nos « décideurs » sucent comme un bonbon quand ils veulent nous convaincre que leur projet pourri n’est pas totalement mauvais, la preuve il pourra évoluer).
Bref, nous voilà tous encouragés à la mobilité par les vendeurs de bagnoles, les constructeurs de TGV, les concepteurs de programmes d’ordinateur, les organisateurs de séminaires pour cadres, les conseillers en emploi, et en général tous ces gens chargés de nous convaincre que le mode de vie occidental est le fin du fin.
Cependant un doute affleure: tous ces jeunes Africains, là -bas, qui quittent tout chez eux, qui sont prêts à s’adapter à tout, et même à mourir sur les barbelés de Ceuta et Melilla ou noyés au large des Canaries pour venir goûter les merveilles de notre mode de vie … Ne sont-ils pas extraordinairement entreprenants, évolutifs, mobiles ? Erreur : ils ne font pas preuve de mobilité, ils sont des migrants illégaux. La mobilité n’est une qualité que pour nous, pas pour eux.






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