Transports publics gratuits et péage urbain

Lausanne détient depuis le 1er février dernier le triste record du plus fort dépassement de la limite du nombre de particules fines en suspension. Cette pollution urbaine est essentiellement due à la circulation et au chauffage. Devant les risques pour la santé, le Conseil fédéral a décidé d’autoriser l’abaissement de la limite de vitesse à 80 km/h et l’Union des transports publics (UTP) a proposé une action spéciale, hélas limitée au 5 février, destinée à lutter contre la pollution en offrant le retour gratuit pour chaque billet. Certains ont même envisagé de restreindre l’usage des véhicules alors que l’Italie du Nord l’a fait. Ces mesures d’urgence ponctuelles, donc peu durables, confirment que la circulation est en partie responsable de la pollution atmosphérique et que la limitation de celle-ci accompagnée de l’usage des transports publics est une bonne solution.

La semaine précédente, l’Office fédéral de routes annonçait que les péages routiers constituent un « outil intéressant et porteur d’avenir à moyen et à long terme ». Malheureusement certains prévoient déjà d’utiliser les montants récoltés pour financer la construction des routes déjà payée par les impôts. Il n’empêche que le péage urbain est une mesure qui a fait ses preuves à Londres qui a enregistré une baisse de la circulation de 20 % dans le périmètre concerné. Par ailleurs, des villes telles que Châteauroux en France ou Hasselt en Belgique ont introduit la gratuité des transports publics et ont enregistré une diminution de la circulation automobile. Le résultat de ces deux mesures montre que le péage urbain et l’abaissement du prix des transports publics sont des solutions aux problèmes de pollution et de mobilité urbaines.

Actuellement, les autorités lausannoises misent tout sur la dissuasion pour empêcher les voitures d’entrer en ville : rétention au moyen du cycle des feux tricolores, extension des zones macarons favorisant le parcage des habitants et empêchant celui des pendulaires, tarifs élevés des parcmètres de la ville. Parallèlement, elles maintiennent des tarifs des parkings d’échange peu attractifs : 10 CHF par jour et 98 CH par mois pour une voiture et un titre de transport. Tout est basé sur la chasse aux pendulaires, sur la punition.

Pourquoi ne pas choisir l’incitation ? Pourquoi ne pas prendre une décision politique courageuse en instaurant la gratuité des transports publics financée par un péage urbain ? Pourquoi ne pas coupler deux solutions qui ont fait leurs preuves séparément et ainsi les rendre plus efficaces encore ? Le maire de Londres ne s’y trompe pas. Non seulement il envisage d’agrandir la zone du centre-ville soumise à péage, mais en plus il a décidé la gratuité d’accès aux bus et tramways de la capitale pour les jeunes de moins de 16 ans.

Si les Londoniens se déclarent à 70 % favorables au péage, les habitants de Châteauroux sont 20 % plus nombreux à utiliser les transports publics et la fréquentation des bus a augmenté de 76 %. Ceux de Hasselt ont accrû leur fréquentation de 800 % et les commerçants sont ravis de voir leur chiffre d’affaires augmenter grâce à la tranquillisation de la ville. L’objectif du couplage péage urbain et transports publics gratuits est double : diminuer drastiquement les nuisances et la pollution en ville et offrir à l’automobiliste une alternative intéressante. Imaginer une mobilité différente en ville est possible. Les maires, socialiste de Londres et UMP – droite – de Châteauroux, l’ont fait. Encore faut-il en avoir le courage.

Publié le 7 avril 2006 dans la rubrique "L’invité" de 24heures.

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